Le sujet est l’échec du NFP après les législatives de 2024. Je propose cette analogie :
On imagine un couple de deux jeunes parents qui ont eu une année compliquée, et donc des difficultés financières. Ils sont dans une situation où financièrement ça paraît difficile de partir en vacances. Et là ils ont deux scénarios :
1) Il y a le mec qui dit « Bah écoute, moi j’ai vraiment un boulot pénible, c’est pas évident pour moi, j’ai vraiment besoin de vacances, ça me fait vraiment du bien et je pense qu’il faut prendre un crédit et partir en vacances. »
2) Et la femme, elle explique « Ouais, je te comprends mais moi, toute ma vie j’ai été contre le fait de prendre des crédits. J’ai eu des parents qui ont été surendettés à cause de crédits et je pense que le crédit c’est vraiment dangereux. Donc moi je préfère de loin ne pas prendre de vacances. Évidemment, c’est pas comme si on allait plus jamais partir en vacances. C’est juste une année où on ne partira pas en vacances. Je trouve que c’est pas si grave que ça. »
Donc ils sont sur des positions différentes et ils essayent mutuellement de se convaincre. Chacun des deux essaie de convaincre l’autre que son point de vue est quand même facile à comprendre, que c’est pas la mer à boire. Chacun des deux est vraiment convaincu que l’autre pourrait penser comme lui. Mais pour des raisons personnelles, chacun des deux est viscéralement attaché à son point de vue. La fille, elle est viscéralement contre les crédits et lui, il sent un besoin viscéral de prendre des vacances (on comprend bien prendre des vacances « ailleurs »).
Face à cette impasse, il décident de se séparer.
Alors on peut considérer que c’est pas si grave, que s’ils ne sont pas d’accord sur un sujet aussi important, c’est que de toute façon ils ne sont pas faits pour vivre ensemble.
Et il y un autre point de vue qui consiste à dire : s’il y a des enfants, ce qui compte pour les enfants dans cette histoire, c’est pas de savoir s’ils partiront en vacances ou pas, ou que les parents fassent un crédit ou pas. Eux, ce qu’il voient, c’est que leur vie va être complètement modifiée, qu’ils vont se retrouver avec deux maisons, des parents qui refusent de se parler. Toute leur vie va être beaucoup plus compliquée.
Voilà. Et l’analogie, c’est l’âge de la retraite. La discussion qu’il a eu en 2024 au sein du NFP pour savoir si pour avoir une majorité à l’Assemblée, il fallait être prêt à faire une concession sur ce sujet. Pour éviter la motion de censure du « bloc central », le PS était prêt à discuter sur l’âge de la retraite, alors que pour LFI il y avait d’autres solutions qui étaient les impôts ou la dette. Donc on peut se dire que c’est vraiment un sujet bloquant. Et c’est ce qui s’est passé, le NFP a capoté très exactement sur ce point, et Mélenchon a mis fin aux discussions.
Mon propre point de vue à la lumière de cette analogie est qu’il y avait moyen de dire « OK, pendant un an on accepte la concession avec le bloc central, puisqu’il y a ce problème de déficit budgétaire qui pour eux est non négociable. Donc on va faire une concession sur l’âge de la retraite. Mais pendant ce temps-là, si on accède au pouvoir (même limité par l’absence de majorité, ce qui a été aussi le cas de Lecornu), on va montrer qu’on peut mettre en place des impôts qui permettront de financer un retour à l’âge de la retraite précédent.
Et on va prendre le temps de montrer que ces impôts sont crédibles parce que pour l’instant les gens du camp central, ils veulent pas de ces impôts. Mon propre point de vue, c’est qu’on peut convaincre qu’il y a des solutions réalistes autour de ces impôts.
Sauf qu’à l’instant T, à l’été 2024, le camp central ne voulait pas qu’on mette en place des nouveaux impôts. C’était un sujet bloquant pour eux. Ce qui veut dire que le couple n’est pas « seul au monde », il y a une troisième partie qu’il faut forcément prendre en compte. C’est un peu l’équivalent du banquier quand on a un problème de finances dans un couple.
Et encore une fois, j’insiste, le problème, c’est que c’est pas la même chose s’il y a des enfants ou pas. C’est-à-dire que les enfants, ici, c’est ce qui va se passer avec les immigrés si le RN arrive au pouvoir. C’est que l’âge de la retraite, c’est peut-être un sujet important pour beaucoup de gens (et c’est vrai !) mais les immigrés, qui eux vont en prendre plein la gueule, pour eux l’âge de la retraite à côté ça devient vraiment le cadet de leurs soucis. Car pour eux, ce qui va se passer c’est beaucoup plus grave.
Alors que la question en 2024, c’est pas l’âge de la retraite dans l’absolu, c’est l’âge de la retraite le temps qu’on trouve une solution sur les impôts. Et ça c’est ce que personne a réussi à faire.
C’est pourtant ce qui s’est passé avec la Nouvelle-Calédonie en 1988, quand Michel Rocard a été en charge du dossier. Il a dit « J’ai pas la solution à la Nouvelle-Calédonie mais on va considérer que c’est pas grave si on attend quelques années avant de trouver une solution. » Et ça a permis au moins pendant des années que la Nouvelle-Calédonie ne soit plus à feu et à sang. Et c’est ça négocier, c’est avoir des personnes qui ne sont pas d’accord et faire en sorte qu’elles puissent au moins temporairement chercher d’autres solutions pour sortir de leur désaccord.
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