Hypomnemata et écriture de soi

[Citation d’Ars Industrialis : Michel Foucault, réfléchissant aux hypomnemata, compris comme supports de mémoire, les pensait comme écriture de soi, comme une modalité de constitution de soi. Sans ces hypomnemata, le risque est grand de sombrer dans l’agitation de l’esprit, c’est à dire dans une instabilité de l’attention, qui empêche l’esprit de se constituer en propre. C’est ce que nous retrouvons dans le zapping d’aujourd’hui. « L’écriture des hypomnemata, écrit Foucault, s’oppose à cet éparpillement en fixant des éléments acquis et en constituant en quelque sorte “du passé’’, vers lequel il est toujours possible de faire retour et retraite »]

Je pense en la matière que le premier besoin de l’humain du XXIème siècle est de retourner à l’hypomnemata (qu’il prenne la forme d’un Powerpoint, d’un mémo Notes, d’un message FB pour soi-même ou d’un Post-It) pour prendre le temps de consigner ses propres réflexions par écrit, de se relire, avant de jouer au ping-pong avec autrui (ce point figure dans mon mémoire de recherche). Dans un « Remède à la Mélancolie », Pierre Gagnaire évoque la magie de la gomme pour effacer les scories de son propre esprit quand il élabore une recette. Ca manque à l’oral et même dans un tchat internet. Souvenons-en.

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Commentaires

Une réponse à « Hypomnemata et écriture de soi »

  1. Avatar de enzo92320

    Je viens de retrouver le texte de Foucault : à l’époque, le danger selon Sénèque était … l’excès de lecture, un peu l’équivalent du scrolling d’aujourd’hui. Voilà ce qu’il en dit :

    L’écriture, comme manière de recueillir la lecture faite et de se recueillir sur elle est un exercice de raison qui s’oppose au grand défaut de la stultitia que la lecture infinie risque de favoriser. La stultitia se définit par l’agitation de l’esprit, l’instabilité de l’attention, le changement des opinions et des volontés, et par conséquent la fragilité devant tous les événements qui peuvent se produire ; elle se caractérise aussi par le fait qu’elle tourne l’esprit vers l’avenir, le rend curieux de nouveautés et l’empêche de se donner un point fixe dans la possession d’une vérité acquise. L’écriture des hupomnêmata s’oppose à cet éparpillement en fixant des éléments acquis et en constituant en quelque sorte « du passé », vers lequel il est toujours possible de faire retour et retraite. Cette pratique est à relier à un thème très général à l’époque ; il est en tout cas commun à la morale des stoïciens et à celle des épicuriens : le refus d’une attitude d’esprit tournée vers l’avenir (qui, à cause de son incertitude, suscite l’inquiétude et l’agitation de l’âme) et la valeur positive accordée à la possession d’un passé dont on peut jouir souverainement et sans trouble. La contribution des hupomnêmata est l’un des moyens par lesquels on détache l’âme du souci du futur pour l’infléchir vers la méditation du passé.

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